Réussir le tournant énergétique


Après Fukushima, la Suisse était, avec l’Allemagne, un des rares pays à avoir opté pour la fin de l’ère nucléaire. Les déclarations étaient courageuses et la détermination sans faille. Mais c’était sans compter avec la patience de l’industrie électrique qui en a vu d’autres. Lorsque le moratoire nucléaire a été déclaré en 1990, Michael Kohn, un des grands patrons des entreprises électriques déclarait « das sitzen wir aus » (on attendra que ça passe). Dans l’après Fukushima, l’industrie compte à nouveau sur l’oubli et sur l’érosion de la détermination; après quatre ans, il est vrai que la mémoire s’estompe, alors que la misère et les dégâts sur place n’ont que peu diminué.

Pourquoi est-il si difficile de prendre un tournant pourtant décidé par le Conseil fédéral et le Parlement en 2011 déjà ?

C’est probablement l’insuffisance à penser en termes « systémiques », c’est-à-dire en incluant dans la réflexion tous les aspects, directs et surtout indirects, qui influent sur une nouvelle situation. Je l’écrivais déjà il y a trois ans dans un article paru dans Le Monde économique, depuis rien n’a bougé.

Ainsi, dans l’après-Fukushima a-t-on négligé les situations de rente de l’industrie énergétique, propriétaire de grandes structures de production et dépendante des réseaux à haute tension. Les réflexions des responsables ont de la peine à se réorienter afin d’imaginer des réseaux à moyenne et basse tension alimentés par une infinité de petites unités de production.

Lobbyistes écoutés, mais essentiellement compétents en fonction des anciens paradigmes, ces responsables ont influencé la pensée des politiques qui, de leur côté, ne possédaient pas forcément les savoirs techniques suffisants pour développer leur propre vision alternative.

C’est pour cette raison que les Smart Grids peinent à décoller alors qu’ils permettraient de résoudre nos problèmes énergétiques rapidement. Mais dans ce cas, l’industrie énergétique devrait se réformer en profondeur, ce qui n’est pas le vœu le plus cher ni du management ni des actionnaires. Là encore, j’ai eu l’occasion de l’écrire il y a trois ans dans un article pour Le Monde économique.

Le sujet avait déjà été soulevé et traité par des spécialistes de la question lors d’Energissima 2011. La brochure qui en a résulté, « Energies renouvelables et Smart Grids : accélerer leur mise en œuvre pour garantir l’électricité, courant vital pour notre société », parle de l’aventure d’un moment, celui de découvrir le prix du courant nucléaire (4.- chf/kwh) si l’industrie électrique devait s’assurer contre les risques au même titre que tout automobiliste doit s’assurer en responsabilité civile. Aventure d’un moment aussi, car on anticipait déjà l’essoufflement de la détermination, le lobbying de l’industrie. Mais on y montrait aussi les chances pour un nouvel entrepreneuriat, pour la création de places de travail et pour le développement de technologies de pointe.

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Dans l’allocution d’ouverture de ladite brochure, je tenais le même discours que celui que vous êtes en train de lire. Rien n’a changé et je n’ai rien pu faire. C’est l’une des raisons qui m’ont poussée à accepter d’être candidate au National. Je voudrais ne pas redire les mêmes choses dans quatre ans, je voudrais faire avancer ce dossier, et beaucoup d’autres.

Toutefois, chaque tournant technologique fait émerger des gagnants et pénalise ceux qui n’ont pas su s’adapter en temps voulu. Pas étonnant qu’ils essaient de freiner, quitte à bloquer un développement de société bénéfique, leurs intérêts étant plus importants de leur point de vue.

On prévoit aujourd’hui que les énergies renouvelables représenteront 25% à l’horizon 2020, alors qu’il serait techniquement possible d’arriver à plus de 50% dans le même délai.

L’Association Oui à la stratégie énergétique 2050 tient le même discours et propose des solutions pour que les emplois et les investissements restent en Suisse. Elle démontre que le rythme de la transition pourrait s’accélérer sans problème.

C’est dans ce domaine qu’un-e politicien-ne se doit de développer une compétence suffisante pour comprendre les enjeux et les résistances et ainsi pouvoir fournir un « suivi coriace » pour transformer les énergies de résistance. Et pour celles et ceux qui comme moi possèdent ces compétences professionnelles, il faut mettre et remettre cent fois l’ouvrage sur le métier.

Publié le 08/10/2015 dans Nouvelles, Politique

Améliorer l’intégration sociale et professionnelle


Bien chers tous, bien chères toutes,

Cette troisième missive vient vous parler d’intégration sociale et professionnelle.

Vous trouverez sur mon site un article consacré à l’intégration intelligente, illustré par la vidéo de ma rencontre avec Philippe et Whethee, un couple mixte, marié depuis 20 ans, mais qui subit pourtant encore les regards suspicieux.

La Suisse, au cœur de l’Europe, se targue d’être une nation de trois cultures, même quatre avec le romanche. Et quoi qu’on en dise, l’intégration s’est plutôt bien faite chez nous : par le travail, les associations, les clubs sportifs, l’école… et les histoires d’amour, comme celle de Whethee et de son mari. Seul 1 mariage sur 3 implique 2 Suisses, le deuxième se fait entre 1 étranger et 1 Confédéré, le troisième entre deux étrangers.

Comment transcender repli et crainte ? Quels remèdes y apporter ? Mon expérience de «permanence (bureau ouvert)» à la Haute École d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD) m’a démontré que l’écoute est un premier pas important vers la résolution des problèmes. Lors de mes trois premières rencontres spontanées avec les électeurs et électrices dans des cafés-restaurants du Canton, le même constat s’est imposé. Les personnes qui sont dans une situation difficile, celles pour qui chaque centime compte, celles qui vivent en dessous ou à la limite du seuil de pauvreté ne comprennent pas, ne peuvent pas comprendre que des réfugiés ou des demandeurs d’asile soient aidés comme elles ne le seront jamais. Elles ont un sentiment d’injustice, certes, mais elles ont d’abord et surtout l’impression d’être laissées pour compte. S’il est nécessaire de venir en aide à certaines minorités, s’il est vital de corriger certaines inégalités, il vaut aussi la peine d’aller à la rencontre de représentant-e-s de cette majorité qui souffre d’être silencieuse. Le besoin de parler est flagrant, le besoin d’être écouté.

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Créer des vocations techniques au féminin
Il est vital de corriger certaines inégalités. Parmi les inégalités les plus criantes, celles qui touchent les femmes, encore trop souvent obligées de faire un choix entre famille et vie professionnelle. LYVA, l’entreprise que j’ai récemment créée, se donne comme mission d’accélérer la mise en œuvre de nouveaux modèles de travail qui permettront de pallier cette inégalité.
Dans un premier temps, LYVA se voit confier un mandat important dans le cadre du programme #bepog – be part of the game pour faire naître des vocations féminines pour les métiers techniques.
Un article complet se trouve sur mon site. Il détaille les principes et le déroulement de la mesure Technique au féminin – Ambassadrices pour les plus jeunes, soutenue par les cantons membres d’arcjurassien.ch (Berne, Vaud, Neuchâtel et Jura).

Mais pour le mener à bien, j’ai besoin de vous, femmes actives professionnellement dans les métiers techniques. Si vous avez une formation dans ce domaine, du CFC au doctorat (formation éventuellement en cours), vous êtes toute désignée pour devenir une ambassadrice pour les plus jeunes. N’hésitez pas à me solliciter pour toute information complémentaire ou pour connaître les conditions d’inscription. Les futures polymécaniciennes, électroniciennes et autres cheffes de chantier vous remercient par avance.
Ce mandat me tient particulièrement à cœur. Durant ces 15 dernières années j’ai créé des événements et programmes pour encourager les jeunes femmes à s’engager dans des formations et professions techniques et scientifiques. J’ai crée le magazine, puis le site internet « ingénieuse.ch », ainsi que l’Année préparatoire Future ingénieure afin d’encourager les jeunes filles à découvrir les métiers de l’ingénierie. Ce mandat s’inscrit donc dans la parfaite continuité de mes convictions profondes.

Pour parvenir à porter vos voix à Berne, j’ai besoin de votre aide et de votre soutien.

Vous pouvez partager dans votre profil Facebook les vidéos et/ou annonces postées sur ma page communautaire afin de les faire connaître à votre propre réseau.

Vous pouvez venir sur mon site personnel pour approfondir le sens de mon engagement et y déposer également vos commentaires. Je suis reconnaissante de ceux reçus de Walter Muller, de Sophie Gällnö et de Jacques Neirynck.
Merci aussi à celles et ceux d’entre vous qui m’ont écrit suite aux premières Newsletters.
Peut-être souhaitez-vous attirer mon attention sur un sujet que vous aimeriez que je porte à Berne pour vous ?

Je me permettrai de vous revenir dans quelques jours, pour que le 18 octobre vous puissiez me donner votre voix en toute connaissance de cause.

Très cordialement

Sylvie Villa

PS : Si vous souhaitez prendre connaissance de mes précédentes newsletters, rendez-vous sur mon site personnel et cliquez sur l’onglet «Espace média», Accès aux newsletters

Publié le 05/10/2015 dans Nouvelles, Politique

L’amour, vecteur d’intégration intelligente


En poursuivant mes rencontres, j’ai partagé un moment fort avec Whethee et son époux. Il est issu de deux vieilles familles genevoises, elle est née au Libéria. Ils sont mariés depuis 20 ans, sont les heureux parents de trois enfants. Pourtant, malgré ces 20 années de bonheur, les choses restent compliquées dans le regard des autres. «Quand vous êtes une femme noire qui épouse un Blanc, les gens pensent argent facile, passeport et ciao.» Si la belle-mère de Whethee a tout fait pour qu’elle se sente bien, les choses ont été plus complexes dans la famille africaine où le mariage de Whethee n’est toujours pas considéré comme un vrai mariage. Cette histoire en dit long sur les difficultés d’une intégration réussie. Pourtant, je suis persuadée que des solutions existent pour une intégration intelligente.

N’oublions pas que la Suisse a été longtemps une terre d’émigrés. Au XIXème siècle, beaucoup sont partis en Amérique du Nord, en Amérique du Sud. Le mouvement s’est inversé au tournant du XXème siècle. La Suisse s’industrialise et devient prospère. Elle s’équipe, procède à de grands travaux, notamment pour améliorer la traversée des Alpes, le Gothard, le Simplon,… on a alors besoin de la main d’œuvre étrangère. À l’aube de la Première Guerre mondiale, la Suisse compte 15% d’étrangers. Ce qui est considérable pour l’époque.

C’est dans l’entre-deux-guerres, alors que l’on craint notamment les retombées de la Révolution bolchévique, qu’apparaît la crainte de la surpopulation étrangère. On se dote d’une loi sur les étrangers, une loi restrictive. L’immigration ne recommence à croître qu’à partir des années cinquante pour atteindre aujourd’hui 23,8%.  Il serait intéressant de procéder à une analyse ADN de grande envergure de la population suisse. On y découvrirait que la plupart d’entre nous ont des origines françaises (c’est mon cas), allemandes, italiennes, et que les Helvètes qui n’auraient que des gênes des Waldstaetten sont une minorité.

La Suisse, au cœur de l’Europe, se targue d’être une nation de trois cultures, même quatre avec le romanche. Et quoi qu’on en dise, l’intégration s’est plutôt bien faite chez nous : par le travail, les associations, les clubs sportifs, l’école… et les histoires d’amour, comme celle de Whethee et de son mari. Seul 1 mariage sur 3 implique 2 Suisses, le deuxième se fait entre 1 étranger et 1 Confédéré, le troisième entre deux étrangers.

On constate en analysant les résultats de votations ayant un lien avec l’immigration et les populations étrangères que ce sont ceux qui sont le moins en contact avec les étrangers qui en ont le plus peur et que les grandes villes, où les communautés étrangères sont déjà importantes, sont plus ouvertes et moins sujettes au repli.

Comment transcender repli et crainte ? Quels remèdes y apporter ? Mon expérience de «permanence (bureau ouvert)» à la Haute École d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD) m’a démontré que l’écoute est un premier pas important vers la résolution des problèmes. Lors de mes trois premières rencontres spontanées avec les électeurs et électrices dans des cafés-restaurants du Canton, le même constat s’est imposé. Les personnes qui sont dans une situation difficile, celles pour qui chaque centime compte, celles qui vivent en dessous ou à la limite du seuil de pauvreté ne comprennent pas, ne peuvent pas comprendre que des réfugiés ou des demandeurs d’asile soient aidés comme elles ne le seront jamais. Elles ont un sentiment d’injustice, certes, mais elles ont d’abord et surtout l’impression d’être laissées pour compte. S’il est nécessaire de venir en aide à certaines minorités, s’il est vital de corriger certaines inégalités, il vaut aussi la peine d’aller à la rencontre de représentant-e-s de cette majorité qui souffre d’être silencieuse. Le besoin de parler est flagrant, le besoin d’être écouté.

 

Publié le 01/10/2015 dans Nouvelles, Politique

Si je suis élue à Berne


Sylvie Villa

Bien chers tous, bien chères toutes,

Dans ma première newsletter, je vous disais que si je suis élue à Berne, je ne m’y rendrai pas pour générer une multitude de projets de lois qui viendraient encore compliquer la tâche quotidienne des entrepreneur-e-s, des citoyennes et des citoyens de ce pays. Au contraire, mon vœu va plutôt dans le sens d’un élagage de lois et règlements existants qui sont soit excessivement contraignants, soit qui vont tout simplement à l’encontre du bon sens.
Vous trouvez sur mon site un article où je rapporte les propos d’agriculteurs que j’ai eu la joie de rencontrer, illustrant les contraintes qui péjorent la dynamique entrepreneuriale dans l’agriculture.

Les accords bilatéraux entre la Suisse et l’Europe ont eu un impact positif pour l’industrie alimentaire en Suisse si l’on considère l’augmentation du montant annuel de produits exportés. Il n’en reste pas moins que le gros des exportations est constitué de produits transformés.
La transformation à la ferme constitue un moyen privilégié de valoriser l’agriculture régionale. Mais lorsqu’une activité de transformation de produits agricoles est envisagée, l’Etat veut s’assurer de bien distinguer une activité commerciale d’une activité agricole. Dès lors l’arsenal d’exigences et de contrôles est tel que la plupart des producteurs agricoles renoncent, même lors de la construction de nouvelles exploitations !
Si la famille Guye  produit de la viande de bœuf bio, elle se tourne surtout vers des activités complémentaires relatives aux chevaux, leur passion.
Et que dire de l’agrotourisme suisse. Prenons le cas concret de la famille Stähli. La Suisse veut lier l’agrotourisme à l’agriculture : il faut être considéré comme agriculteur pour être autorisé à offrir des prestations d’agrotourisme. Lorsque Christian sera à la retraite, dans cinq ans, il ne sera plus considéré comme agriculteur et ne pourra donc pas continuer à œuvrer dans l’agrotourisme.
Gardons le sens de la logique et du concret. Encourageons toutes les initiatives entrepreneuriales qui permettent à des femmes et des hommes de subvenir à leurs besoins.

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Il y a évidemment d’autres lois et d’autres règlements qu’il faut interroger. Nous en reparlerons, mais peut-être avez-vous, vous aussi des exemples à me donner. Peut-être souhaitez-vous attirer mon attention sur un problème que vous souhaitez que je porte à Berne pour vous. Je vous propose de nous rencontrer.
Depuis le 19 septembre et jusqu’au 8 octobre, je sillonne le canton pour aller à votre rencontre. J’invite par ailleurs toutes mes colistières à me rejoindre pour ces échanges.

Après Payerne samedi dernier, et Yverdon-les-Bains ce lundi 21 septembre, je serai :

  • Mercredi 30 septembre, de midi à 14 heures, au restaurant Lausanne-Moudon, rue du Tunnel 20, à Lausanne.
  • Le mardi 6 octobre, c’est à l’une des tables du café Bachibouzouk, rue des Jardins 12 à Vevey que je dialoguerai avec la population entre midi à 14 heures.
  • Enfin, le jeudi 8 octobre de 18 à 20 heures, je me rendrai dans le Jura, à l’hôtel de la Truite, Rue de la Poste 4, Le Pont, pour converser avec la population.

Toutes ces rencontres seront visibles en live streaming par tous mes « followers » sur Twitter grâce à l’application Periscope.
Par ailleurs, si je suis élue à Berne, je m’engage d’ores et déjà à poursuivre ces rencontres en live à travers le canton durant tout mon mandat et ce sur une base mensuelle.

Pour parvenir à porter vos voix à Berne, j’ai besoin de votre aide et de votre soutien. Vous pouvez commencer par vous rendre sur ma page communautaire Facebook pour me dire que vous aimez ma démarche. Vous pouvez aussi venir sur mon site personnel pour approfondir le sens de mon engagement. Enfin, le site de LYVA vous en dira davantage sur mon univers professionnel.

Je me permettrai de vous revenir dans quelques jours, pas trop souvent rassurez-vous, mais suffisamment pour que le 18 octobre vous puissiez me donner votre voix en toute connaissance de cause.

Très cordialement

Sylvie Villa

PS : Si vous souhaitez prendre connaissance de ma première newsletter, rendez-vous sur mon site personnel en cliquant ici.

Publié le 24/09/2015 dans Nouvelles, Politique

Valoriser l’agriculture régionale


Les accords bilatéraux entre la Suisse et l’Europe ont eu un impact positif pour l’industrie alimentaire en Suisse si l’on considère l’augmentation du montant annuel de produits exportés. Il n’en reste pas moins que le gros des exportations est constitué de produits transformés. La production, l’exportation, l’importation et la consommation de matières premières sont restées stables.

Pour les agriculteurs et agricultrices de Suisse, la situation reste donc extrêmement délicate car les coûts de production sont structurellement beaucoup plus élevés que dans les pays voisins. Les exploitations ont tout intérêt à créer de la valeur ajoutée.

Dans la famille Guye que j’ai eu la joie de rencontrer, c’est la passion des chevaux qui vient enrichir les activités du domaine.

La transformation à la ferme constitue un moyen privilégié de valoriser l’agriculture régionale. Pour exemple, la production fromagère de niche, l’Etivaz AOP (premier produit alimentaire suisse autre que le vin a obtenir l’appellation d’origine protégée). L’Etat pourrait jouer un rôle probant en encourageant et en accompagnant les exploitants agricoles dans de telles démarches. Mais c’est plutôt le contraire qui se passe. Lorsqu’une activité de transformation de produits agricoles est envisagée, l’Etat veut s’assurer de bien distinguer une activité commerciale d’une activité agricole. Dès lors l’arsenal d’exigences et de contrôles est tel que la plupart des producteurs agricoles renoncent, même lors de la construction de nouvelles exploitations !

Et que dire de l’agrotourisme suisse. Prenons un cas concret, celui de la famille Stähli. Christian Stähli – ancien Président suisse d’aventure sur la paille, membre du comité d’agrotourisme suisse – et son épouse Esther sont à l’origine d’une magnifique initiative : offrir des vacances à la ferme à des familles citadines. Une nuit sur la paille ou sous tente dans un site idyllique et dans un calme absolu. Ce sont quelques milliers de nuitées par année que ce couple assure avec grand professionnalisme. Mais l’offre risque bien d’être interdite. Pourquoi ?

En Autriche, en Italie, en Allemagne, l’agro-tourisme est très développé. La Suisse veut lier l’agrotourisme à l’agriculture : il faut être considéré comme agriculteur pour être autorisé à offrir des prestations d’agrotourisme. Soit. Mais quelles conséquences concrètes ?

Lorsque Christian sera à la retraite, dans cinq ans, il ne sera plus considéré comme agriculteur et ne pourra donc pas continuer à œuvrer dans l’agrotourisme, même s’il loue ses champs à ses voisins agriculteurs et que donc tout son terrain agricole continue à être cultivé !

Pire, l’interdiction risque bien de tomber plus vite encore car l’envergure des activités agricoles de leur domaine n’est pas considérée comme viable (équivalence d’une unité de main d’œuvre).

Pourquoi cet acharnement contre les petites exploitations ? Ose-t-on prétendre que ce sont elles les responsables du mitage du territoire qui empêche de pouvoir cultiver suffisamment en Suisse ? Que dire alors des grandes surfaces commerciales qui occupent 15 hectares avec d’énormes parkings goudronnés et qui n’arrivent pas à les construire en sous-sol ?

Doit-on rappeler qu’il est très facile de replanter des pommes de terre dans un terrain affecté à quelques tentes de camping ? Moins facile sur un terrain bitumé !

De qui les petits agriculteurs sont-ils donc les ennemis ? Gardons le sens de la logique et du concret. Encourageons toutes les initiatives entrepreneuriales qui permettent à des femmes et des hommes de subvenir à leurs besoins.

Il convient aussi de rappeler que le prix commercial des matières premières en Suisse n’a rien à voir avec leur coût réel. Le prix du lait est largement inférieur au prix d’exploitation. On aura beau accroitre la taille de l’élevage et atteindre les valeurs attendues d’équivalences en main d’œuvre, l’exploitation restera vouée à fermer.

La simple culture n’étant pas rentable aux prix du marché, les paiements directs et les directives de l’Etat doivent entrer en scène.

Quelques agriculteurs courageux veulent rester indépendants et refusent ces paiements directs. Pourtant le système les attend au contour: pas de paiements directs, donc pas de contrôle, impossible dans ce cas de vous acheter votre colza, vos betteraves…

Pourquoi mettre ainsi les agriculteurs et agricultrices sous tutelle ? La population ne devrait-elle pas jouer davantage son rôle démocratique en exigeant la transparence des coûts concernant la part payée par l’Etat pour chaque matière première alimentaire ?

Ne serait-il pas temps de lever cette interdiction de transformer directement sur le domaine agricole ? Est-ce vraiment aider l’agriculture que de lier la pertinence d’une offre d’agrotourisme à une échelle d’activité agricole ? Echelle dictée par qui ?

Imaginons une transition pour les jeunes qui se lancent et pour les agriculteurs expérimentés et volontaires !

Les responsables des exploitations agricoles, qui sont aussi des entrepreneurs, aspirent à une plus grande marge de manœuvre et à des prix justes afin de diriger leurs domaines comme des entreprises, sans crouler sous une régulation et une surveillance excessives.

Publié le 19/09/2015 dans Nouvelles, Politique